Des traces d’espèces humaines disparues aux Philippines       Pierre Kaldy  13 septembre  2021

                  

                              Des Philippins de la tribu Négrito en train de chasser, vers 1890. 

DÉCRYPTAGE -Des populations de l’île de Luzon ont jusqu’à 5% d’ADN de l’homme de Denisova, une espèce proche de Neandertal.

Les premiers habitants des îles des Philippines portent de fortes traces génétiques d’une espèce humaine antérieure à la nôtre, l’homme de Denisova, révèle une étude génétique conduite sous la houlette de chercheurs suédois de l’université d’Uppsala. Quand les généticiens ont étudié le génome de 118 groupes ethniques philippins dont 25 appelés collectivement Négritos, ils ont découvert qu’une partie de leur génome était d’origine denisovienne comme celui des Papous et des aborigènes d’Australie, leurs plus proches parents.

La proportion d’ADN denisovien atteignait même le niveau exceptionnel à ce jour de presque 5 % chez les Négritos Ayta Magbukon vivant à l’écart sur la péninsule de Bataan au centre de Luzon, la principale île de l’archipel. Selon les chercheurs, en arrivant dans les îles de la région, il y a environ 53.000 ans, les ancêtres des Négritos se seraient mélangés avec des hommes de Denisova déjà arrivés sur place des milliers d’années auparavant par la navigation. Le génome des Négritos, même s’il a reçu l’apport plus récent il y a 2300 ans d’un peuple asiatique venant de Taïwan, devient maintenant une fenêtre sur celui de l’homme de Denisova qui les a précédés de plusieurs millénaires.

Mieux s’adapter aux conditions locales

Alors que tous les descendants d’Homo sapiens sortis d’Afrique portent un petit pourcentage d’ADN hérité de l’homme de Néandertal, les premières populations humaines qui ont migré vers l’est présentent aussi des traces de l’homme de Dénisova, espèce humaine aujourd’hui disparue, dont l’existence a été révélée en 2010 par le séquençage du génome d’une phalange de doigt retrouvée dans la grotte de Denisova, située dans le sud de la Sibérie. Depuis que ce génome est connu, on retrouve ses traces plus ou moins fortes dans les populations asiatiques. Ces vestiges génétiques sont variés, preuve que les croisements avec Homo sapiens ont probablement concerné des populations locales distinctes de ces hommes aujourd’hui disparus. En poussant leurs investigations, les chercheurs ont ainsi réussi à identifier deux périodes d’introduction successives d’ADN denisovien dans le génome des Négritos, avant puis après leur séparation d’avec les Papous.

Des traces du peuplement dénisovien antérieur ont aussi été retrouvées dans l’ADN d’un squelette vieux de plus de 7000 ans, en 2015 dans une grotte de l’île de Célèbes plus au sud, appartenant à une population humaine inconnue. Cette étude génétique, une première pour des ossements aussi anciens situés en zone tropicale, a aussi révélé que les ancêtres dénisoviens de cet individu différaient de ceux présents en Sibérie. Des gènes spécifiques de populations dénisoviennes antérieures ont pu être utiles à différentes populations pour mieux s’adapter aux conditions locales. C’est ainsi que l’on a retrouvé dans le génome des Tibétains un gène denisovien d’adaptation à l’altitude, chez les Inuits un autre gène d’adaptation au froid, et chez des populations d’Océanie un gène permettant au système immunitaire de mieux affronter les infections microbiennes, plus fréquentes sous les tropiques.

«Ces nouvelles découvertes nous rappellent que les peuplements humains, que ce soit en Asie, en Europe ou au Levant, ont été buissonnants. Que les Dénisoviens aient été nombreux et aient laissé largement leur patrimoine génétique en Asie, pourquoi pas?», souligne Amélie Vialet, paléoanthropologue au MNHN qui a coordonné avec Yves Coppens le récent ouvrage collectif Un Bouquet d’ancêtres sur nos multiples origines humaines. Les populations actuelles apparaissent, avec les progrès rapides du séquençage et du décryptage de l’ADN, comme un réservoir insoupçonné de gènes très anciens de dénisoviens, qui aideront à mieux caractériser cette espèce humaine antérieure à la nôtre.

 Pierre Kaldy  13 septembre  2021

Dans un premier mouvement j'incluais deux extraits d'un carnet de décembre 2017:

1.Si j’étais un savant de notre temps, je m’interrogerais sur cette notion de plasticité de l’espèce. Quelle est le degré de variation génétique supportable pour qu’une reproduction féconde ait encore lieu ; féconde signifiant que les rejetons ne soient pas stériles. Dans de nombreux exemples d’hybridation, on sait que la femelle hybride peut rester féconde alors que le mâle hybride est stérile.

Formulé différemment quelle est le degré de variation supportable pour que l’hybride représente une réelle « fusion » entre deux variétés, deux sous-espèces, deux races. 

1. Dans le discours de la paléoanthropologie la notion de plasticité évolutive n’est pas suffisamment prise en compte. Je crois que l’homme dans son ensemble, squelette, viscères et système nerveux possède une extraordinaire capacité à s’adapter à son environnement. C’est peut-être ce qu’on désigne de nos jours sous le vocable d’homéostasie. « Tout se passe comme si » le corps de l’homme possédait, en lui, des organes lui permettant de s’adapter à des conditions nouvelles ; d’abord des capteurs qui mesurent la variation d’un facteur extérieur, puis des agents qui disent quoi faire pour adapter l’organisme aux changements.  

À  la réflexion je dis qu'il me faudrait introduire tout le carnet de 2017, mais plus simple faire remonter le papier à la même date que celui écrit en ce moment. 

Me, me adsum qui feci